Bari : De Laurentiis et le Napoli au bord d’un désastre inquiétant !

Il fut un temps où Bari n’était pas ce club inquiet scrutant le bas du classement avec angoisse, mais une institution populaire capable d’illuminer les dimanches du football italien. Dans les années 1990 et 2000, la ville des Pouilles vibrante au rythme des exploits de ses héros en rouge et blanc. Le vieux San Nicola résonnait lorsque le génie précoce d’Antonio Cassano émergeait de son quartier populaire pour inscrire ce but mythique contre l’Inter, slalomant à travers la défense comme un enfant défiant les lois du football et laissant un Laurent Blanc en fin de carrière sur le carreau. Avant lui, le public avait déjà vibré pour les frappes chirurgicales d’Igor Protti, véritable idole populaire, et pour l’élégance britannique de David Platt. Même lorsque Bari n’était pas un géant de la Serie A, il restait une équipe capable de révéler des talents promis à une carrière internationale, comme Leonardo Bonucci ou Andrea Ranocchia. La dernière apparition dans l’élite remonte à la saison 2010-2011, un souvenir déjà lointain, mais encore teinté d’une douce nostalgie. Dans les ruelles de la vieille ville, entre les façades blanchies par le soleil et l’odeur de focaccia fraîche, les anciens évoquent encore ces soirées où Bari tenait tête aux géants du nord, où chaque victoire était célébrée comme une fête populaire.

Bari n’est pas seulement un club, c’est une ville entière qui vit au rythme du football. Capitale économique des Pouilles, carrefour portuaire et commercial ouvert sur l’Adriatique, Bari s’est toujours rêvée comme une grande place du football italien. Au cœur de cette ambition trône l’impressionnant Stadio San Nicola, cathédrale de béton conçue par l’architecte Renzo Piano pour la Coupe du Monde 1990. Ses pétales géants, visibles depuis les autoroutes entourant la ville, symbolisent les rêves d’une région entière. Pourtant, ces dernières années, ces gradins monumentaux ont souvent sonné creux. Lorsque la société cinématographique Filmauro, propriété de la famille De Laurentiis, a repris le club en 2018 après une faillite, beaucoup ont vu là une renaissance possible. Le projet était clair : confier la présidence à Luigi De Laurentiis, fils d’Aurelio et créer un pont stratégique avec le grand frère du sud, le Napoli. Sur le papier, l’idée d’un club affilié capable de développer des talents et de profiter de synergies sportives semblait séduisante. Dans les cafés du front de mer, on parlait déjà d’un retour rapide vers les sommets. Mais la réalité, plus rugueuse, allait bientôt rappeler que les rêves footballistiques ne se concrétisent pas comme dans un film.

Un club satellite bientôt en Serie C et en vente ?

Rapidement, cependant, la lune de miel s’est fissurée. Les supporters biancorossi ont commencé à exprimer une impression persistante… Bari n’était plus vraiment Bari, mais plutôt une sorte d’appendice sportif du Napoli. Les saisons se sont succédé, marquées par une instabilité chronique, des entraîneurs changeants et surtout une avalanche de joueurs prêtés, souvent de passage et rarement enracinés dans le projet. Chaque été ressemblait à une reconstruction improvisée. Dans les tribunes du Stadio San Nicola, la frustration grandissait, alimentée par l’éternelle question de comment bâtir une identité lorsque l’effectif change sans cesse. Le tout sur fond d’une recherche infinie de réponses. Comment envisager un retour durable en Serie A quand l’équipe semble davantage servir de laboratoire de développement pour Naples que de projet autonome ? Les critiques se sont multipliées à l’encontre de Luigi De Laurentiis et de la stratégie de Filmauro. Certains tifosi évoquent ouvertement un club satellite, condamné à vivre dans l’ombre d’un géant. Une accusation douloureuse pour une ville fière, habituellement résolue à défendre son identité footballistique. Aujourd’hui, la saison 2025-2026 plonge Bari dans une zone de turbulence inquiétante. À la 17e place du classement, avec 34 points en 35 matches et une différence de buts négative, le club marche dangereusement sur le fil du maintien.

« Je me raccroche à l’idée que nous venons de remporter une victoire importante contre Modène et que nous avons perdu contre les deux premiers du classement. Nous avons connu des performances en demi-teinte, mais aussi de bonnes. Quand l’équipe est en forme, elle peut y arriver. Perdre contre Monza et Venise, ça arrive. Il faut donc essayer de reproduire nos bonnes performances », a déclaré le coach Moreno Longo après la défaite face à Venise. Derrière lui, des concurrents directs comme Reggiana, La Spezia ou Pescara guettent la moindre faiblesse. La récente victoire arrachée sur la pelouse de la Sampdoria a certes ravivé une flamme d’espoir chez les supporters, mais l’inquiétude dépasse désormais le simple terrain. En coulisses, les discussions financières s’intensifient. Selon le quotidien Corriere del Mezzogiorno, Luigi De Laurentiis aurait déjà entamé des échanges avec plusieurs investisseurs américains, tandis qu’un fonds canadien serait prêt à entrer au capital avant de prendre progressivement le contrôle du club. Pour l’instant, tout cela reste au stade des rumeurs, mais elles illustrent une réalité devenue évidente avec un projet actuel contesté qui pourrait toucher à sa fin. Dans une ville où le football est vécu comme une question d’honneur, l’hostilité d’une partie du public envers la gestion de Filmauro est désormais manifeste. La lutte pour le maintien et les incertitudes économiques propulsent Bari à un carrefour de son histoire. Et dans l’air salé du port adriatique flotte une question que personne n’ose encore formuler trop fort : le club parviendra-t-il à se relever avant que la chute ne devienne inévitable ?