Un indicateur macroéconomique discret mais crucial est en train de virer au vert, signalant potentiellement un tournant majeur pour les marchés à risque. Le ratio cuivre/or, métrique surveillée de près par les analystes pour jauger la dynamique économique mondiale, vient de rompre une tendance baissière pluriannuelle. Historiquement, ce mouvement a souvent précédé des rallyes significatifs du Bitcoin après de longues phases de consolidation. Alors que le ratio rebondit depuis son point bas d’octobre autour de 0,00116 pour s’établir près de 0,00136, les investisseurs s’interrogent sur la pérennité de ce signal d’appétit pour le risque en vue de 2026.
La dynamique des matières premières comme baromètre
Pour comprendre ce signal, il faut analyser la nature intrinsèque de ces deux métaux. Le cuivre, dont le cours a grimpé de 18 % ces trois derniers mois pour franchir le seuil historique des 6 dollars la livre, reste fortement corrélé à la demande industrielle et à l’expansion économique. L’or, bien qu’il s’échange lui aussi proche de ses records vers 4 455 dollars l’once avec une hausse récente de 14 %, demeure l’actif défensif par excellence, privilégié en temps d’incertitude. Lorsque le cuivre surperforme le métal jaune, cela traduit généralement un basculement des capitaux vers des actifs plus risqués, anticipant une croissance mondiale soutenue.
Cette configuration a des résonances particulières pour le marché des crypto-monnaies. Les pics majeurs de ce ratio observés en 2013, 2017 et 2021 ont coïncidé avec les sommets cycliques du Bitcoin. Si la force actuelle du cuivre reflète une réelle amélioration des perspectives de croissance plutôt que de simples contraintes d’offre, le terrain semble propice à une reprise. D’autant que le quatrième « halving » du Bitcoin, survenu en avril 2024, a réduit l’offre de nouveaux jetons alors que le ratio cuivre/or était encore en baisse. Ce décalage étant désormais résolu, la conjonction d’une offre resserrée et d’un environnement « risk-on » pourrait servir de catalyseur puissant.
L’exubérance irrationnelle des marchés actions
Cependant, l’optimisme ambiant ne se répartit pas uniformément sur toutes les classes d’actifs. Si les signaux sont au vert pour les matières premières industrielles et potentiellement le Bitcoin, une lecture « contrariante » de la psychologie de marché invite à la prudence sur les actions et l’or. Certains investisseurs commencent à parier sur une surperformance des obligations, non pas en raison de fondamentaux économiques classiques, mais à cause d’un positionnement extrême des acteurs de marché.
L’analyse du sentiment révèle en effet une dichotomie frappante. Les investisseurs spécialisés dans le timing du marché obligataire affichent un pessimisme rarement observé : depuis l’an 2000, le niveau de pessimisme moyen n’a été supérieur à celui d’aujourd’hui que lors de 15 % des séances de bourse. En finance comportementale, un tel désamour est souvent perçu comme un signal d’achat, le marché ayant potentiellement déjà intégré les pires scénarios.
Vers une rotation sectorielle ?
À l’opposé du spectre, l’euphorie règne sur les marchés boursiers et aurifères. Les « market-timers » focalisés sur les actions n’ont été plus optimistes qu’aujourd’hui que dans 4 % des cas au cours des 25 dernières années. Une telle confiance frôle l’exubérance irrationnelle et laisse peu de place aux mauvaises surprises. Le constat est similaire pour l’or, où l’optimisme dépasse les niveaux observés durant 73 % de la période étudiée.
Cette configuration complexe dessine un paysage d’investissement en mutation. D’un côté, le réveil du ratio cuivre/or suggère une dynamique favorable aux actifs spéculatifs comme le Bitcoin à l’horizon 2026. De l’autre, le positionnement extrême des investisseurs laisse entrevoir une vulnérabilité des actions et de l’or au profit d’un retour en grâce des obligations, classe d’actifs actuellement la plus délaissée.