45 millons d’euros, 6,5 tonnes par an c’est le marché du cannabis dans le Var

 

Les fusillades à La Seyne et Toulon (7 tués et une vingtaine de blessés en un an) se sont déroulées sur fond de trafic de stupéfiants. Gérard Collomb devait venir le 5 octobre dans ses deux villes. Pour cause de démission, le ministre de l’Intérieur n’est pas venu.

Nous nous sommes intéressés au marché des stupéfiants et à son rapport. Plusieurs études montrent que la consommation de cannabis en France se situe probablement entre 265 et 442 tonnes, pour une moyenne de 354 tonnes ou quasiment 30 tonnes de cannabis par mois. La région Provence Alpes Côte d’Azur serait légèrement au-dessus de la moyenne nationale : (à 17 ans, 41,2 % d’expérimentation contre 39,1 % en moyenne France et 7,9 % contre 7,2 % en usage régulier).

Dans le Var, 45 % des jeunes de 17 ans auraient expérimenté le cannabis et 8 % en feraient un usage régulier (enquête Escapad) Selon l’étude de l’OFDT, 11 % de la population française (tous âges confondus) fait usage du cannabis. A note que selon cette étude, 28 % des jeunes de moins de 25 ans consomment du cannabis.

L’entreprise Seedo, qui commercialise des systèmes de culture hydroponique « plug & play », vient de publier un index des prix du cannabis pour le monde entier dont la France. Marseile fait partie de cette étude. A Marseille, le prix du gramme de cannabis serait de 6,95 €. Il se consommerait 5,5 tonnes de cannabis par an dans la cité phocéenne. (https://www.seedolab.com/)

6,5 tonnes de cannabis par an dans le Var

Chiffres d’affaires 45 millions d’euros par an

En regroupant tous ces chiffres, l’on peut estimer la consommation du cannabis dans le Var à 6,5 tonnes par an. Sur une base moyenne de 7 € le gramme, cela représente un chiffre d’affaires annuel de 45 millions d’euros. Nous pourrions y ajouter le chiffre réalisé par la vente de cocaïne qui, si les consommateurs sont 10 fois moins nombreux, est beaucoup plus rémunératrice.

 

Qui gagne vraiment dans ce trafic de stups ?

 

Il y a les Grossistes et semi-grossistes : ils détiennent l’essentiel des profits du trafic. Ils gagnent en moyenne 550 000€ par an et sont à la tête de la hiérarchie du trafic. En dessous d’eux on trouve les fournisseurs dont les gains sont estimés à 76 000€ par an. Il y aurait un peu plus d’un millier de têtes de réseaux en France. Peut-on affirmer que, proportionnellement, il y aurait au bas mot une quinzaine de têtes de réseaux dans le Var ? Si tel était le cas, ces gros caïds empocheraient plus de 6 millions d’euros par an. Un vendeur de terrain (dealer) touche en moyenne entre 500 € et 100 € par semaine.

 

Petit lexique

Dealer ou Bicraveur : détient et vend la marchandise dans la rue. Est payé environ 120€ par jour. Les mineurs occupent souvent ce poste.

Four : terrain de vente de stupéfiants en quantités « commerciales » et où se font de très nombreuses transactions. Terrain : site de transactions de produits stupéfiants.

Grossistes et semi-grossistes : détiennent l’essentiel des profits du trafic.

Guetteur ou chouf ou « Faire le pu » : jeune posté aux endroits clés du quartier où s’organise le deal. Il surveille et alerte en cas d’intervention de la police, 50 à 60€ par jour en temps plein. Les guetteurs sont le premier échelon de la hiérarchie du trafic. Jeunes qui crient « ça pue, ça pue », à l’arrivée de la police sur les lieux de transaction.

Mules ou Transporteurs : transportent la drogue et rechargent les stocks des « bicraveurs ». Les mineurs occupent souvent ce poste.

Nourrices : personnes qui stockent et prépare la marchandise à leur domicile. Perçoivent généralement entre 40€ et 80€ par jour. Il s’agit la plupart du temps de famille inconnue des services de police.

Portier ou posteur : contrôle l’accès du bâtiment, ne laisse entrer que les clients et les habitants pour protéger les trafiquants qui se trouvent dans le bâtiment et réguler le flux des consommateurs. Ils peuvent être chargés de barricader la porte d’entrée en cas d’intervention policière. Ils sont payés environ 60€ par jour. Les mineurs occupent souvent ce poste.

Rabatteurs : prennent en charge les clients et les conduisent au point de vente. Les mineurs occupent souvent ce poste. «

Sécu » (la) : appartement situé dans l’immeuble où se déroulent les transactions, permettant aux vendeurs de se cacher en cas d’intervention de la police. Les locataires sont rémunérés pour leur « discrétion » et leur « collaboration ».

2000 € par jour

Dans son mémoire, Andréa Chalet raconte son entretien avec un ex-trafiquant, extraits : « Moi je voulais du Lacoste, de l’argent. C’est facile de bosser, mais faut avoir des couilles, faut être déter ! Tu te lèves, tu vas dans une cité qu’est pas la tienne, là ils voient que t’es déter les mecs. Tu peux bosser vite.» « Une fois j’ai vu arriver un mec de 40 ans, il venait pour du taff, nous on a 15 ans c’est normal de vendre du shit t’as vu, mais à 35/40 balais qu’est-ce que tu viens foutre dans le shit ? C’est un truc d’enfant la vente de shit. Si t’es majeur, avec une famille, tu vends de la coke parce que tu gagnes plus.»

La sécu

« Les grands ils payent l’hôtel si t’es en galère. Quand tu rentres dans le réseau ils t’expliquent que si t’as des problèmes avec la police, ils te payent l’avocat, ils ont leurs avocats.

Il y a aussi une sécu, pour se cacher de la police. » « On a  peur de représailles, de conflits inter cités, davantage que d’être attrapé par la police. » « Dans un bon terrain, dans un four tu gagnes 1000€ par semaine, 4000€ par mois. Mais en vrai c’est rien par rapport à ce qui circule. Ceux qui touchent le plus, les grosses têtes c’est ceux qui sont en prison ou fichés, qui peuvent pas faire un pas sans se faire attraper par les flics.»

« Je connais un mec dans un quartier qui fait 2000€ par jour qui avait 40 000€ de côté, chez lui. Imagine dans un four, bien sur que tu peux mettre de côté ! Mais en général, les grosses têtes ils ouvrent un café, ou un bar à chicha et c’est toujours plein mais personne ne paient ses conso. C’est comme ça qu’ils blanchissent leur argent. »

Du marketing

C’est qu’il se passe de drôles de choses dans ces réseaux : vols, impayés, violences et assassinat, mise en place de filières parallèles, défense de territoire, avec ses propres règles. On pratique aussi l’art du marketing. Ainsi, dans le quartier du Mirail à Toulouse, en début d’année, des dealers ont décidé d’afficher sur les murs d’un immeuble, le prix de leur marchandise. En fonction de la quantité achetée, les consommateurs auraient même le droit à une remise.

Légalisation du cannabis

Alors, faudrait-il légaliser la vente de cannabis ? Un élu de La Seyne, Robert Teisseire (PCF) a déclaré en conseil municipal : « Des jeunes, qui peuvent gagner plusieurs milliers d’euros par jour, viennent de Marseille en berline de location. Pour casser cette économie parallèle, une des réponses passe par la légalisation du cannabis à usage récréatif. ».

Le maire de La Seyne Marc Vuillemot s’est contenté de commenter :  « Ce qu’il va se passer au Canada (le premier pays du G7 à autoriser la production et la consommation de cette drogue douce, Ndlr) pourra peut-être éclairer les pays européens. » Commentaire qui indiquerait la solution préconisée par le 1er magistrat seynois.

Jean Boris jean.boris@starvart.news

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Sujets les plus Populaires

Désolé ! Aucune donnée.

Contactez-nous pour publier vos infos, vos communiqués, vos remarques

12 + 14 =

Articles les plus lus

Désolé ! Aucune donnée.

Ceci peut vous intéresser